Kéfir, sommeil et stress : ce qu'étudie la recherche

Par Alessandro Parini · · 5 min de lecture

Verre de kéfir de lait sur une table de nuit dans la lumière chaude du soir

Un verre de kéfir le soir peut-il contribuer à trouver le calme ? Cette question revient de plus en plus souvent, et derrière elle se cache l'un des développements les plus passionnants de la recherche moderne en nutrition : le lien entre l'intestin et le cerveau. En tant que producteur, on me la pose régulièrement, et voici d'emblée ma réponse honnête : vous n'obtiendrez de moi aucune promesse sur le sommeil ou contre le stress, les études sont bien trop minces pour cela. La recherche qui se cache derrière est pourtant passionnante, et c'est justement elle que nous allons regarder avec curiosité, mais honnêtement. Pour commencer, notre tour d'horizon Qu'est-ce que le kéfir ? explique ce qu'est le kéfir au juste.

L'axe intestin-cerveau : un domaine fascinant

Entre l'intestin et le cerveau existe une véritable voie de communication, ce qu'on appelle l'axe intestin-cerveau. Les bactéries intestinales peuvent participer à la formation et à la régulation de messagers chimiques et être « en contact » avec le cerveau par des voies nerveuses comme le nerf vague, par le système immunitaire et par l'axe du stress[1]. L'idée qu'un microbiote diversifié puisse être davantage qu'une simple « bonne digestion » est l'une des plus enthousiasmantes de ces dernières années, et les aliments fermentés comme le kéfir sont au cœur de l'intérêt des chercheurs.

Aussi fascinant que ce soit, il est important de remettre les choses à leur juste place : une grande partie de ces connaissances provient jusqu'ici de modèles animaux et de laboratoire. Ce qui y est démontré ne se transpose pas tel quel à l'être humain. C'est précisément là que commence la prudence.

Ce que la recherche sur le kéfir montre jusqu'ici

Pour le kéfir et le thème du sommeil ou du stress en particulier, la recherche n'en est qu'à ses débuts. Une étude randomisée contrôlée chez des adultes en bonne santé qui buvaient du kéfir chaque jour n'a trouvé aucune différence statistiquement significative sur le sommeil et le psychisme par rapport au groupe placebo[2]. Une étude observationnelle menée auprès d'étudiants soumis au stress des examens a certes relevé des valeurs de sommeil un peu meilleures avec une consommation moyenne d'aliments fermentés, mais la relation était en forme de V, beaucoup n'était donc pas mieux que peu, et les chercheurs soulignent expressément qu'on ne peut en déduire aucun lien de cause à effet[4].

Il en va de même pour les probiotiques et le psychisme en général : les méta-analyses trouvent tout au plus des effets faibles et inconstants, mettent en garde contre une forte hétérogénéité et rappellent qu'il est prématuré de parler d'une efficacité clinique établie[5]. C'est justement ce qui rend ce domaine, honnêtement considéré, à la fois passionnant et ouvert. Les bases, l'interaction entre microbiote, messagers chimiques et bien-être, sont réelles et font l'objet de recherches intensives dans le monde entier. Nous restons attentifs et vous en rendrons compte honnêtement dès que quelque chose de solide se dessinera.

Psychobiotiques : un terme jeune, beaucoup de curiosité

Le mot « psychobiotiques » revient régulièrement. Il désigne des cultures qui pourraient agir sur l'humeur et le bien-être via l'axe intestin-cerveau. Aussi séduisant que cela paraisse : c'est jusqu'ici un terme de recherche et de marketing, pas un mécanisme d'action démontré. L'enthousiasme devance ici nettement les preuves solides, et un brin de saine méfiance est tout à fait de mise.

Tryptophane et cie : la voie souvent citée

On lit souvent que le kéfir contient du tryptophane et qu'il fatigue pour cette raison. La voie biochimique est réelle : tryptophane → sérotonine → mélatonine, et les produits laitiers contiennent du tryptophane. L'effet du tryptophane issu de l'alimentation normale sur le sommeil est toutefois considéré comme plutôt faible, entre autres parce qu'il entre en concurrence avec d'autres acides aminés au niveau de la barrière hémato-encéphalique et que seule une petite partie arrive dans le cerveau[3]. Le bon vieux « le lait chaud fait dormir » relève donc davantage du folklore de cuisine que de la pharmacologie.

Le constat est tout aussi sobre pour les autres composants souvent cités : le kéfir apporte certes des vitamines B et un peu de magnésium, mais les quantités d'un verre sont modestes, et aucun effet spécifique sur le sommeil ou le stress n'en est démontré. Ce qui compte vraiment pour s'endormir, l'expérience le montre, ce sont plutôt des heures de coucher régulières et une routine du soir calme que la biochimie d'une seule boisson.

Le kéfir dans votre rituel du soir

C'est peut-être ici le point le plus beau, et tout simple : une routine du soir calme fait du bien à la plupart des gens, et un petit verre de kéfir familier peut en être un élément agréable. Prendre consciemment le temps de se poser, des heures de coucher régulières, un moment pour vous : voilà ce qui compte vraiment pour décrocher. Si le kéfir en fait partie pour vous, c'est une belle habitude. L'effet agréable tient alors davantage au rituel qu'à la biochimie dans le verre, et c'est parfaitement bien ainsi.

Un conseil pratique sur le moment

Le kéfir est acidulé et fermenté. Tout le monde ne l'apprécie pas juste avant de se coucher. Si vous êtes sensible ou sujet au reflux, savourez-le plutôt plus tôt dans la journée ou une à deux heures avant d'aller au lit.

Sources

  1. The Microbiota-Gut-Brain Axis, synthèse sur l'intestin, le microbiote et le psychisme (PMC), https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6469458/
  2. Étude randomisée contrôlée sur le kéfir chez des adultes en bonne santé (sommeil et psychisme non significatifs), https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022316625007138
  3. Sleep Foundation : Does Warm Milk Help You Sleep? (tryptophane, hygiène du sommeil), https://www.sleepfoundation.org/nutrition/does-warm-milk-help-you-sleep
  4. Aliments fermentés et qualité du sommeil sous le stress des examens (étude de cohorte, pas de preuve de causalité), PMC, https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12234256/
  5. Méta-analyse sur les pro- et prébiotiques dans la dépression et l'anxiété (effets faibles, réserves), Nutrition Reviews, https://academic.oup.com/nutritionreviews/article/83/7/e1504/7934047

Si vous aimez tout simplement le kéfir

Indépendamment du sommeil et du stress, le kéfir frais et vivant est un aliment beau et honnête. Notre guide pour faire son kéfir de lait vous montre comment le faire. Le lien entre le kéfir et l'intestin, vous le découvrirez dans l'article Kéfir et digestion. Les grains vivants qu'il vous faut se trouvent ici : grains de kéfir de lait de tradition caucasienne (12 g), frais, issus de notre propre production en Suisse, pour CHF 29.

Questions fréquentes

Le kéfir aide-t-il à s'endormir ?
Le lien entre l'intestin et le cerveau est un domaine de recherche fascinant, mais pour le kéfir et le sommeil en particulier, les études sont encore jeunes et peu concluantes. Le kéfir n'en reste pas moins agréable : comme élément calme et familier d'un rituel du soir détendu.
Faut-il boire du kéfir le soir ?
Tout dépend de vos goûts. Comme le kéfir est acidulé et fermenté, certaines personnes le digèrent moins bien juste avant de se coucher. Si vous êtes sensible ou sujet au reflux, buvez-le plutôt plus tôt dans la journée ou une à deux heures avant d'aller au lit.
Le kéfir contient-il du tryptophane ou de la mélatonine ?
Les produits laitiers contiennent un peu de tryptophane, un précurseur de la sérotonine et de la mélatonine. L'effet du tryptophane issu de l'alimentation normale sur le sommeil est toutefois considéré comme plutôt faible. Le kéfir n'apporte pas de quantité notable de mélatonine.
Que sont les psychobiotiques ?
Un terme de recherche passionnant pour désigner des cultures qui pourraient agir sur l'humeur et le bien-être via l'axe intestin-cerveau. C'est encore un domaine jeune, mais il montre à quel point la recherche sur le microbiote est en mouvement.